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Conseils7 min de lecture·5 octobre 2026

Erreurs des arabophones en français : d'où elles viennent et comment les corriger

Cinq consonnes françaises manquent à l'arabe. Ce que deux études contrastives disent des erreurs des arabophones.

Erreurs des arabophones en français : d'où elles viennent et comment les corriger

Le Maroc et l'Algérie sont les deux premiers pays d'origine des étudiants étrangers en France, avec 35 700 et 27 700 inscrits en 2024-2025 selon le ministère de l'Enseignement supérieur. Pourtant, les difficultés propres aux arabophones sont rarement expliquées : cinq consonnes françaises manquent à l'arabe, et c'est la partie la plus simple du problème.

Pourquoi les mêmes erreurs reviennent-elles chez les arabophones ?

Parce qu'une erreur d'apprenant n'est presque jamais un hasard : c'est la trace d'une habitude de la langue maternelle appliquée à la nouvelle langue, une interférence, disent les linguistes. Quand votre langue ne distingue pas deux sons, votre oreille ne les sépare pas non plus, et votre bouche produit celui qu'elle connaît.

Deux travaux le montrent. Une étude de la revue Norsud (université de Misurata), signée Abdelwahab Elsaadani en décembre 2016, recense les sons du français absents de l'arabe standard et leurs substitutions. Une analyse des erreurs d'étudiants libyens de Shaima Nouri Algubbi, parue dans la même revue en juin 2020, fait le même travail côté grammaire.

Bonne nouvelle : vos erreurs sont prévisibles, et le prévisible s'attaque par une liste courte.

Quels sons du français n'existent pas en arabe ?

Selon l'étude de 2016, cinq consonnes françaises sont absentes de l'arabe standard : « [g], [ɲ], [R] grasseyé, [p] et [v] ». Les deux dernières posent, écrit l'auteur, des difficultés chez presque la majorité des arabophones observés.

Les substitutions sont régulières :

  • le /p/ devient /b/, et « pierre » se confond avec « bière »
  • le /v/ devient /f/, et « télévision » s'entend « téléfision »

L'entraînement utile ne répète pas un son isolé : il travaille des paires de mots qui ne diffèrent que par lui, « pain » et « bain », « poisson » et « boisson », « vous » et « fou », « vais » et « fait ».

Une précision utile : si votre arabe quotidien est un dialecte maghrébin ou levantin, vous produisez déjà /p/ et /v/ dans des emprunts au français ou à l'italien, que l'arabe standard n'a pas. Notre article sur la prononciation détaille la méthode.

Pourquoi les voyelles posent-elles plus de problèmes que les consonnes ?

Parce qu'elles sont bien plus nombreuses en français qu'en arabe, et qu'une consonne manquante s'entend, alors qu'une voyelle approximative passe inaperçue des années.

L'étude de 2016 relève que le [u] français est prononcé comme un [i] et que les nasales sont dénasalisées, remplacées par « voyelle orale suivie d'une consonne nasale ». Une étude acoustique des voyelles du français chez des apprenants jordaniens, déposée dans les archives de l'université Mutah, y arrive autrement : /ø/ et /œ/ n'existent pas en arabe, le /u/ est déformé, les apprenants n'ont qu'un seul son là où le français en a deux pour /e/ et /ɛ/ comme pour /o/ et /ɔ/, et les nasales /ɑ̃/ et /ɔ̃/ sont confondues.

Les chantiers à ouvrir, dans cet ordre : « tu » contre « tout », puis « deux » contre « dos », enfin « vin », « vent », « vont », trois nasales que l'arabe n'a pas.

Une mise en garde : aucune de ces deux études ne donne de pourcentage. Elles décrivent des substitutions observées, pas leur fréquence : si un chiffre circule sur le sujet, demandez sa source. Pour l'oreille, l'entraînement à la compréhension du français parlé vite fait le reste.

Quelles erreurs de grammaire viennent directement de l'arabe ?

L'analyse de 2020, sur des copies d'étudiants libyens, relève six familles d'erreurs : choix de l'article défini, accord verbe-sujet, pronom relatif, confusion du masculin et du féminin des noms et des adjectifs, choix fautif de préposition et manque d'accord nom-adjectif. Deux exemples cités disent tout : « Le somme » pour « la somme », et « Le chômage que existe » pour « le chômage qui existe ».

Chacune a une cause claire côté arabe :

  • l'arabe marque le défini par un préfixe et n'a pas d'article indéfini, d'où les « j'ai acheté livre » et les articles pris au hasard
  • l'arabe a deux genres, mais ils ne coïncident pas avec ceux du français : une fausse confiance coûte plus cher qu'une ignorance
  • l'arabe ne marque pas le sujet et le complément par la place du mot, d'où la confusion entre « qui » et « que »

Le piège le plus discret est l'article. Le Portail linguistique du Canada rappelle dans sa page « être un/une suivi d'un nom » qu'« il est possible d'omettre l'article devant un nom en fonction d'attribut pour exprimer une conception générale de l'esprit », et donne « L'industrie est source d'emplois » à côté de « L'industrie est une source d'emplois ». Autrement dit, l'habitude arabe d'omettre l'article tombe juste de temps en temps, et c'est ce qui empêche de la corriger. Nos pages sur les erreurs de grammaire fréquentes et sur le genre des noms détaillent ces points.

Qu'est-ce que l'arabe vous donne d'avance, et que ces listes d'erreurs oublient ?

Une liste d'erreurs est un inventaire de ce qui ne va pas : elle passe à côté de ce que votre langue vous donne, et c'est beaucoup.

Vous savez déjà qu'un nom porte un genre, ce qui n'est pas le cas d'un anglophone ou d'un japonophone. Vous savez qu'un adjectif se place après le nom, comme en français la plupart du temps, et qu'un verbe change de forme selon la personne : la conjugaison n'est pas pour vous une bizarrerie. Et une partie du lexique français vient de l'arabe.

Deux limites avant d'en faire un portrait complet. Ces travaux portent sur des étudiants libyens et jordaniens et décrivent l'arabe standard : un locuteur marocain ou tunisien ne part pas du même point. Surtout, ils mettent sur le même plan des erreurs de coût très inégal. Un /v/ proche du /f/ ne bloque presque jamais la compréhension, alors qu'un genre faux entraîne une chaîne d'accords et rend la phrase difficile à suivre. Commencez par ce qui gêne votre interlocuteur, pas par ce qui trahit votre accent.

Chez Frenchee, les cours en direct se font avec des professeurs natifs diplômés, en individuel ou en petit groupe de trois à cinq élèves, sans abonnement : c'est le cadre qui permet de reprendre ces paires de sons un par un, à partir de votre langue maternelle plutôt que d'un programme générique. Notre test de niveau situe le point de départ en quelques minutes.

Sources

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