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Bon, ben, quoi, voilà : à quoi servent ces petits mots du français parlé ?

Ces petits mots règlent le dialogue. Ce que trois études de corpus mesurent, et lesquels adopter en premier.

Dorian Savreux

· Fondateur de Frenchee

Bon, ben, quoi, voilà : à quoi servent ces petits mots du français parlé ?

Ce ne sont pas des tics. Dans un corpus de dialogues du Congrès mondial de linguistique française 2024, les marqueurs d'accord de celui qui écoute passent de 103 à 254 occurrences pour mille mots entre la première et la quatrième manche du même jeu, jusqu'à représenter un quart de ce qu'il dit.

Si ce ne sont pas des mots vides, à quoi servent-ils ?

Les manuels ignorent « bon », « ben », « quoi » et « voilà », que les apprenants prennent pour du remplissage. La linguistique les appelle marqueurs discursifs : Anne Abeillé et Benoît Crabbé ont annoté un corpus de français parlé avec une liste de 115 marqueurs.

Leur rôle n'est pas d'ajouter du sens, mais de régler le dialogue. « Ben », « donc » et « alors » annoncent une suite ; d'autres signalent qu'on suit ou qu'on approuve ; d'autres ferment un énoncé, emploi courant de « quoi » et de « voilà ». Qui n'en produit aucun se fait comprendre, mais son interlocuteur ne sait jamais s'il peut continuer. Si la vitesse vous arrête encore, le français parlé rapide traite l'autre moitié du problème.

Pourquoi celui qui écoute parle-t-il autant ?

Ludivine Crible a enregistré dix-huit dialogues entre trente-six natifs de France et de Belgique, presque neuf heures sur Zoom caméra éteinte : les joueurs décrivent et retrouvent des figures géométriques pendant quatre manches, et seul celui qui écoute est analysé. Elle y relève trente-huit types de marqueurs d'alignement pour 4 082 occurrences : « ouais » 1 016 fois, « OK » 931, « voilà » 50.

Le chiffre qui compte est la densité : pour mille mots, 103 en première manche, puis 135, 196 et 254, chaque valeur se recalculant sur les effectifs du tableau. En dernière manche, ils font 25 % de tout ce qu'il produit, alors que la manche est tombée de dix-sept minutes à deux.

À mesure qu'ils se comprennent, il reste moins à décrire et presque plus qu'à valider, et les fonctions suivent : en première manche, l'accord final ne fait que 36,54 % des emplois ; en dernière, il approche 80 % et le désaccord tombe à 3 %.

Que fait « bon » exactement ?

Joy Peltier et Diana Ranson ont relevé 227 occurrences de « bon » dans neuf heures et demie de conversations enregistrées auprès de trente-sept personnes. Le calcul est le nôtre : une occurrence toutes les deux minutes trente.

Elles séparent les fonctions textuelles, qui organisent le discours, des attitudinales, qui disent ce que pense le locuteur. Les premières dominent, 66,5 % contre 33,5 %, et « bon » marque le plus souvent la continuation, 38,3 %, surtout l'entrée dans un sous-thème, 16 %.

La leçon est pratique : « bon » n'est presque jamais un jugement, mais un signal d'articulation, qui dit « je reprends » ou « je passe à un détail ». Les autrices ajoutent que leur analyse de sa place dans le tour de parole « n'a pas discerné de patron net entre ses fonctions et sa position » : pas de case à apprendre, seulement un usage à entendre.

Pourquoi les apprenants en emploient-ils moins, et lesquels adopter d'abord ?

Delin Deng a étudié « quoi » chez trente-sept locuteurs d'origine chinoise vivant en France, sur vingt-sept heures d'entretiens de 2014 et 2015. Elle n'y a relevé que 272 occurrences de « quoi », dont 165 comme marqueur discursif, soit une toutes les 9 minutes 48 secondes.

Le repère vient d'une étude plus ancienne qu'elle cite, non d'une mesure propre : chez les natifs, « quoi » reviendrait une fois toutes les deux minutes environ, soit cinq fois plus souvent. Personne ne corrigera un apprenant qui en dit trop peu : ce n'est pas une faute de grammaire, mais un défaut de naturel, et il s'entend.

Commencez par les signaux de réception, qui ne risquent rien : « ouais », « d'accord », « c'est bon » et « voilà » se placent seuls, en réponse, et ce sont les plus fréquents du corpus de Crible. Ils ne modifient aucune phrase, donc ne peuvent pas être mal construits. Viennent ensuite les marqueurs d'articulation : « bon » et « alors » se mettent en tête de ce qu'on va dire, « quoi » se colle à la fin.

Trois gestes suffisent. Choisissez deux marqueurs, pas dix, et employez-les jusqu'à ce qu'ils viennent sans y penser. Écoutez où les natifs les mettent plutôt que d'apprendre une règle de position, puisqu'il n'y en a pas. Et acceptez qu'ils appartiennent au français parlé ordinaire, celui où l'on omet « que », où l'on reprend le sujet et où le « ne » tombe. Notre test de niveau dit d'où vous partez.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Ils ne disent pas qu'une conversation ordinaire ressemble à ces corpus. Celui de Crible est un jeu de tâche entre inconnus, sur Zoom et sans image, où tomber d'accord est l'enjeu même : ses densités mesurent ce dispositif, pas un dîner entre amis. Son codage est d'une seule personne, l'autrice.

Les 227 « bon » de Peltier et Ranson viennent de neuf heures et demie retenues sur vingt-cinq, enregistrées à Montpellier et à Rognes en 2005 et 2006, classées séparément par les deux autrices puis arbitrées ensemble, sans taux d'accord chiffré. Les 165 « quoi » de Deng sont un effectif qu'elle juge trop faible : « il est impossible à ce stade de donner des interprétations conclusives ». Ses sous-groupes sont déséquilibrés, 147 occurrences chez quinze hommes contre 18 chez vingt-deux femmes, et elle avance deux explications sans trancher.

Trois précautions, enfin. Les pourcentages portent sur les occurrences relevées, pas sur des locuteurs : ils disent comment ces mots se répartissent quand ils apparaissent. Aucune des études ne mesure d'apprenants autres que sinophones. Et « ben », malgré le titre, ne figure dans aucun décompte : il est décrit comme marqueur de structure, pas mesuré. Nous avons écarté deux chiffres : Crible annonce « plus de 35000 mots » quand son tableau en totalise 32 416, donc nous ne retenons que les fréquences, calculées sur ce tableau ; et rien sur la position de « bon », faute d'avoir pu lire ce tableau en entier.

Pour un examen, soyons francs : au DELF, au DALF ou au TCF, ces marqueurs n'apportent rien et peuvent nuire à la production orale, qui attend un registre soutenu. Ils servent la conversation, pas le diplôme.

Une liste se lit en deux minutes, mais savoir si votre « voilà » tombe au bon moment demande quelqu'un qui vous écoute et qui réagit. Chez Frenchee, les cours se font en direct avec des professeurs natifs diplômés, en individuel ou en petit groupe de trois à cinq élèves, sans abonnement : c'est le cadre où ces signaux s'acquièrent, puisqu'ils n'existent qu'entre deux personnes.

Sources

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