Frenchee
Débutants7 min de lecture·26 octobre 2026

Ceci, cela ou ça : lequel choisir en français ?

586 « ceci », 3 679 « cela », 4 493 « ça » : ce que les chiffres font à la règle des manuels.

Ceci, cela ou ça : lequel choisir en français ?

Une étude du CMLF 2010 relève, dans 91 textes littéraires postérieurs à 1950, 586 « ceci », 3 679 « cela » et 4 493 « ça ». La forme que les manuels citent en premier est la plus rare des trois, et l'opposition entre les deux premières n'est pas de distance mais de direction.

Combien de démonstratifs le français a-t-il, et lesquels sont neutres ?

Le système est fermé : la liste complète tient en quinze formes. La fiche « Pronom démonstratif » du CCDMD les range en cinq séries : masculin singulier « celui », « celui-ci », « celui-là » ; féminin singulier « celle », « celle-ci », « celle-là » ; neutre « ce », « c' », « ceci », « cela » ; masculin pluriel « ceux », « ceux-ci », « ceux-là » ; féminin pluriel « celles », « celles-ci », « celles-là ». Le neutre s'accorde comme le masculin singulier.

Trois formes seulement sont neutres : elles ne reprennent ni un masculin ni un féminin, mais une chose, une idée, une phrase entière. « Je préfère cette robe à celle-ci » reprend un nom féminin ; « Celui qui a fait ça est un artiste » reprend une personne par « celui » et une action par « ça ». C'est l'opération que font déjà les pronoms « y » et « en » : remplacer un groupe de mots par un mot court. Et comme pour le genre des noms, la difficulté n'est pas la liste mais le choix à l'intérieur.

Que dit la règle sur le choix entre « ceci » et « cela » ?

L'Office québécois de la langue française la donne en deux temps. Sa fiche « Distinction entre ceci et cela » explique d'abord que « ceci » désigne ce qui est proche de celui qui parle et « cela » ce qui en est éloigné, comme « voici » et « voilà ». Puis elle ajoute le critère qui sert vraiment : « ceci » annonce ce qui va être dit, « cela » rappelle ce qui précède.

Ses exemples disent la différence mieux qu'une définition. « Retenez bien ceci : je ne renoncerai jamais à ma liberté. » annonce. « Les employés sont autorisés à partir dès 17 h : rappelez-leur bien cela. » rappelle. Même logique pour la locution : « cela dit » résume ce qui précède avant d'y apporter une restriction, et la fiche la juge « logiquement préférable à ceci dit », forme « moins fréquente mais tout de même admise ».

La fiche note enfin que « cela » tend à supplanter « ceci ». Elle ne dit rien de « ça », ni du registre.

Laquelle des trois formes rencontre-t-on vraiment ?

C'est ici que les chiffres déplacent la règle. Dans « Le sens cataphorique de ceci, cela et ça » (CMLF 2010), Michel Achard compte les trois formes dans 91 textes postérieurs à 1950 de la base Frantext : 586 « ceci », 3 679 « cela » et 4 493 « ça ».

Autrement dit, dans de l'écrit littéraire et non dans une conversation de café, « ça » est déjà la plus fréquente des trois, et « ceci » sept fois plus rare que « cela ». La fiche de l'organisme de norme, celle qui prétend vous aider à choisir, ne mentionne pas la forme la plus courante. Seule la fiche du CCDMD le dit, en une ligne : « Cela peut se réduire à ça dans le style familier. »

Ceci annonce, cela rappelle : que montrent les chiffres ?

Achard classe chaque occurrence selon qu'elle renvoie à ce qui précède ou à ce qui suit. Sur les 586 « ceci », 298 renvoient en arrière (50,85 %) et 221 en avant (37,71 %). Sur 594 « cela » analysés, 559 renvoient en arrière (94,10 %) et 26 seulement en avant (4,37 %). Sur 523 « ça » analysés, 420 en arrière (80,30 %) et 101 en avant (19,31 %).

La règle est confirmée, mais pas sous la forme où on l'apprend. Ce n'est pas que « ceci » annonce et que « cela » rappelle : c'est que « cela » rappelle presque toujours, et que « ceci » est la seule des trois à annoncer dans plus d'un tiers de ses emplois. L'opposition est de direction, et elle est asymétrique.

Conséquence pratique, et c'est une erreur fréquente : si votre phrase annonce, « ceci » est le bon choix, et presque le seul. Si elle reprend ce que vous venez de dire, « cela » ou « ça » conviennent tous les deux, et c'est le registre qui tranche.

Que ces chiffres ne disent-ils pas ?

Quatre réserves, toutes tirées de l'étude elle-même.

  • Les totaux analysés ne sont pas les totaux relevés. Les 586 « ceci » ont tous été examinés, mais 594 « cela » seulement, tirés au hasard parmi 3 679.
  • L'échantillon de « ça » vient d'un seul livre : les 523 exemples analysés sortent des 2 057 occurrences des « Mandarins » de Simone de Beauvoir. Ce pourcentage décrit donc une romancière avant la langue.
  • Le corpus est littéraire et l'étude ne sépare pas l'oral de l'écrit. On ne peut donc pas conclure d'ici que « ça » domine à l'oral. Ce qu'on peut dire est plus fort : « ça » domine déjà dans l'écrit publié.
  • L'article compte 110, 7 et 101 exemples dans ses trois configurations d'annonce de « ceci », soit 218, quand son tableau en annonce 221. Les trois totaux de ligne, eux, tombent juste (298 plus 221 plus 67 font bien 586). Nous citons donc les effectifs et les pourcentages des tableaux, et laissons ce détail de côté.

Un dernier repère, d'une autre source et d'un autre registre : dans un corpus de français parlé enregistré à Brazzaville de 2003 à 2004, douze textes et 56 668 mots, Edouard Ngamountsika relève 534 déterminants démonstratifs sur 4 960, soit 10,76 %, plus que les possessifs. Le démonstratif n'est pas un ornement rare. Mais ce corpus décrit le français parlé au Congo, pas le français en général, et il porte sur les déterminants, pas sur les trois pronoms neutres.

Reste une règle de décision en trois gestes. Regardez où pointe votre phrase : si la chose vient après, écrivez « ceci ». Si elle vient avant, choisissez entre « cela » et « ça » selon la personne à qui vous parlez. Relisez enfin : si vous hésitez toujours, c'est souvent « ce » qu'il vous fallait (« fais ce que tu veux »), et aucune des trois.

Une liste de formes et une règle de direction se lisent seules, et notre test de niveau vous dira où vous en êtes. Mais dire « ça » ou « cela » devant la personne qu'on a en face se décide en parlant. Chez Frenchee, les professeurs sont natifs et diplômés, les cours se donnent en direct, en individuel ou en groupe de trois à cinq élèves, sans abonnement, et commencer de zéro n'y change rien : le registre s'apprend en même temps que la forme.

Sources

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