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Grammaire7 min de lecture·6 octobre 2026

Erreurs des hispanophones en français : l'accord et les déterminants en tête

902 erreurs classées en 2021 : l'accord arrive en tête à 16,29 %, les déterminants dépassent 19 %.

Erreurs des hispanophones en français : l'accord et les déterminants en tête

En 2021, une étude des Anales de Filología Francesa a classé 902 erreurs relevées dans 120 copies d'étudiants hispanophones de niveau A2 à B1. Quatorze catégories en expliquent 90 %. L'absence d'accord arrive en tête avec 16,29 %, et les déterminants, formes et emplois réunis, pèsent plus de 19 %.

Pourquoi les erreurs des hispanophones sont-elles si régulières ?

L'espagnol et le français partagent une grande part de leur lexique et une syntaxe proche. Un hispanophone atteint donc A2 plus vite que la moyenne. Mais la même proximité installe des fautes durables : quand une structure espagnole se transpose presque, l'erreur ne se signale pas à l'oreille, et rien ne l'arrête.

Marc Viémon a mesuré ce presque. Dans les Anales de Filología Francesa, en 2021, il classe les 902 erreurs de 120 copies d'étudiants espagnols en quatorze catégories qui en expliquent 90 %.

Un mémoire de master de l'université de La Laguna retrouve les mêmes familles autrement, par vingt phrases à traduire données à une cinquantaine d'apprenants : construction du verbe, place de l'adverbe, pronom relatif, absence d'article partitif. Nous avions fait le même exercice pour les erreurs des arabophones, au profil très différent.

Quelle erreur arrive en tête, et pourquoi l'accord résiste-t-il ?

L'absence d'accord est la première catégorie, avec 147 occurrences : le genre en pèse près de la moitié (73 cas), le nombre et la personne du verbe un quart chacun, le participe passé six cas.

Les exemples relevés : « Une conversation très interesant », « Une jeune couple », « La lit », « Un erreur ».

Le paradoxe, c'est que l'espagnol possède le genre et l'accord. La difficulté est que les mots n'ont pas le même genre dans les deux langues. « Una pareja » est féminin, « un couple » masculin ; « la cama » féminin, « le lit » masculin ; « el error » masculin, « une erreur » féminine. Chaque mot est un pari séparé, et l'espagnol souffle une réponse fausse avec aplomb. Notre article sur le genre des noms donne les terminaisons qui aident, et celui sur l'accord du participe passé le reste.

S'y ajoute une raison que Viémon met en avant, et elle change la façon de travailler : beaucoup de ces erreurs viennent non d'une méconnaissance de la règle, mais d'une prononciation imprécise et d'une lecture approximative. En français, l'accord est souvent muet, et qui ne distingue pas à l'oral « intéressant » de « intéressante » n'a aucun moyen de se relire. Le travail de prononciation fait baisser des fautes d'apparence grammaticale.

Pourquoi les déterminants concentrent-ils un cinquième des erreurs ?

Deux catégories portent sur le déterminant : sa syntaxe (124 erreurs, 13,74 %) et sa morphologie (48 erreurs, 5,32 %). Ensemble, 172 erreurs, plus de 19 % du corpus, davantage que l'accord.

Le cœur du problème est l'article partitif, absent de l'espagnol :

  • « Les jeunes écoutent musique », calqué sur « escuchan música »
  • « Le jeune couple avait problèmes », calqué sur « tenía problemas »
  • « Beaucoup des gens », pour « beaucoup de gens »

Côté morphologie, deux pièges s'ajoutent. Le possessif français s'accorde avec l'objet possédé et non le possesseur, d'où « se ressemblent à ses parents » pour « à leurs parents ». Et l'élision, 26 erreurs, ne se devine pas : « mon amie » et non « ma amie », « l'homosexualité » et non « la homosexualité », « qu'elle » et non « que elle ».

Quelles erreurs viennent directement de la phrase espagnole ?

L'omission du sujet vient d'abord, avec 26 erreurs : l'espagnol se passe du pronom sujet, le français jamais, d'où « Est étrange parler trois langues différents ».

Le couple « c'est » et « il est », ensuite, 43 erreurs, soit 4,76 %. L'espagnol n'a qu'un « es » là où le français choisit entre deux tournures, d'où « Mon père a 43 ans. C'est honnête et humble ». Le Portail linguistique du Canada énonce la règle en une phrase : on emploie « il est » quand l'attribut a une valeur d'adjectif, et « c'est » dans les autres cas. D'où « il est bon d'avoir de l'ordre » contre « c'est la règle d'agir ainsi ».

Les relatifs et l'ordre des mots. Dix-huit erreurs confondent « qui » et « que », l'espagnol « que » couvrant les deux emplois : « C'est une chose que, pour nous, est normale ». Trente-neuf déplacent l'adverbe à l'espagnole : « J'ai pensé qu'il vraiment t'aime ». Soixante et onze portent sur une préposition que le verbe ne commande pas, comme « circulaient sur une rue ».

Ce que l'espagnol donne d'avance, et ce que ces chiffres ne disent pas

Le bilan n'est pas sombre. L'espagnol fournit un subjonctif vivant, employé spontanément, là où beaucoup d'apprenants doivent apprendre un mode entier ; l'opposition du perfecto et de l'imperfecto, qui recouvre largement celle du passé composé et de l'imparfait ; et le genre, même mal réparti. Un hispanophone discute une répartition, il ne découvre pas une catégorie.

Ce que les chiffres ne disent pas. Le corpus de Viémon est écrit et limité à 120 copies d'une seule université : il décrit des tendances, pas une fréquence universelle. Les pourcentages portent sur le total des erreurs, non sur le nombre d'étudiants : une catégorie à 16 % n'est pas une faute que 16 % des apprenants font. Si vous croisez un pourcentage donné pour valable partout, demandez la source.

Reste une nouvelle encourageante. Dans Synergies Espagne, María Luisa Fernández-Echevarría a suivi 48 copies d'étudiants B1 et B2 de la Complutense de Madrid et montre que ces interférences, rendues visibles, se corrigent largement d'elles-mêmes. Cela rejoint Viémon : si l'erreur tient à l'oreille plutôt qu'à la règle, ce n'est pas une leçon de grammaire de plus qui la fera tomber, c'est le fait de s'entendre et d'être repris.

C'est ce qu'un cours en direct apporte. Chez Frenchee, les professeurs sont natifs et diplômés, les cours se tiennent en visio, en individuel ou en petit groupe de trois à cinq élèves, sans abonnement, et quelqu'un entend « un erreur » au moment où vous le dites. Pour savoir d'où partir, commencez par le test de niveau.

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